Dynastie scientifique et reconnaissance

Mon grand-père — Ilmnur Mindiarov (1888–1974)
Ilm Nur — la lumière du savoir et la pureté de l'âme

Mon grand-père Ilmnur Mindiarov (1888–1974, père de ma mère, Anfissa Guilemnourova) fut le contemporain d'époques difficiles. Il parcourut le chemin qui mène de l'ancien ordre de l'Empire russe à la Samarcande soviétique, en gardant en lui la foi et la lumière du savoir.

Il était un véritable éducateur et un bâtisseur. À travers les années de répression et d'épreuves, il porta ce qu'il y a de plus précieux : la lumière du savoir (Ilm) et la pureté de l'âme (Nur).

Au temps des répressions (en 1938), de son village natal d'Ichkarovo, en Bachkirie, jusqu'à la terre de Samarcande, il n'apporta pas la rancœur, mais l'esprit de création. Il apporta avec lui le savoir et la culture.

C'était un homme de grande taille et d'une vaste érudition ; il maîtrisait parfaitement l'arabe et interprétait le Coran. Il enseignait à lire et à écrire, il était moufassir, possédait une connaissance approfondie de la langue arabe et apprenait à prononcer correctement le texte arabe. Il offrait sa chaleur et ouvrait des fenêtres sur le monde à tous ceux qui voulaient apprendre.

Il ne se contentait pas de transmettre le savoir — il forgeait le caractère, nous préparant aux grands sommets et aux victoires.

Son nom est désormais notre devise. Sa vie est notre exemple. Nous faisons l'histoire par notre propre intelligence, comme il nous l'a légué.
Ma mère
Ma mère

Ce que j'ai accompli... Je suis reconnaissant à mon oncle Fanis et à mon Ange, ma mère Anfissa, bien-aimée et unique... Tout le reste de ma vie, mes nouvelles inventions et mes réalisations, je les dédie à la mémoire de mes proches, de mes chers proches qui m'ont été dévoués sans réserve…

Ma mère, Anfissa Guilemnourova, est née dans le village d'Ichkarovo (Bachkirie), dans une famille bachkire renommée, le 17.12.1933. Elle a terminé 8 classes à l'école bachkire. Son père (mon grand-père) s'appelait Ilmnur (Gylymnour en bachkir), sa mère — Mavtoukha. Mon grand-père était issu de la lignée des Ichkarov, ma grand-mère — de celle des Soultanov.

Un peu d'histoire : le fondateur du village d'Ichkar fut un noble de Bachkirie, Ichkar Arslanov. Le fils d'Ichkar — Koulmet Ichkarine (vers 1720-1800). Les enfants de Koulmet — Moukhamedrakhim, Moukhamedcharif, MoukhamedSadyk et Amir. Mindiar (1850-). Les enfants de Mindiar. Les Mindiarov : Safouan, Loutfoulla, Charifoulla, Khaïroulla, Moukhamednour, Gylymnour (Ilmnur, mon grand-père) …

Il y avait aussi la célèbre lignée des Soultanov, que le peuple appelait souvent « gouverneurs » en raison de leur immense pouvoir.

Ma grand-mère Mavtoukha (ce nom, qui signifie « ouverte », était répandu dans le milieu bachkir aux 18e-19e siècles) était issue de cette illustre lignée.

En 1938, mon grand-père Ilmnur Mindiarov fut frappé par la répression et déporté de son village natal d'Ichkarovo vers les terres de Samarcande. Ma mère resta au village avec ses frères. Ce n'est qu'en 1947, après avoir terminé 8 classes à l'école bachkire, que ma mère vint avec ses frères cadets rejoindre son père dans le bourg de « Mitan » (région de Samarcande), où elle acheva l'école secondaire ouzbèke.

Lorsque je me rendais au village d'Ichkarovo, des personnes âgées qui avaient vu ma mère dès 1946–1947 me racontaient : « Elle était si belle et si intelligente que nous imitions sa beauté. »

My memory

Without you this life is only a dream to me,
It is you, my tender miracle.
The endless wisdom of your eyes
And your voice that I hear everywhere.

I look at the stars in the silence,
Believing: there, in the serene expanse,
Together with the angels, as their equal,
You carry away earthly grief.

My thoughts and dreams are of you,
And in the quiet my eyes softly weep.
Our kind fairy tale will bring
Us back to those warm shores.

I will press your palm to my heart,
Feeling the dear, familiar warmth,
And through tears I will embrace you:
“We have come back, the time has come!”

You will be the most beautiful dream,
The sweetest that memory keeps.
Even in the other, unearthly world,
Your image heals me in an instant.

I pray to God — to Allah —
For just this one meeting for us,
To say once again: “I love you, Mama,”
So that the light in my heart never fades.

…My mother, Anfisa Gilemnurova,
was my temple of love,
tenderness, inspiration.
How I miss you and
how I long for you…
My dear, one and only,
wise, beloved…
Your grandchildren have grown up...
L'histoire de notre lignée : du vaillant colonel aux sages maîtres

Mes chers petits-enfants ! Je veux que vous connaissiez l'histoire de notre grande famille. Du côté de ma mère (Anfissa Guilemnourova), notre lignée commence en Bachkirie, dans le beau village d'Ichkarovo. Savez-vous que ce village porte le nom de notre ancêtre direct ? Il s'appelait Ichkar Arslanov. Il y a plus de 250 ans, il était un véritable colonel bachkir, un chef et un compagnon d'armes d'Emelian Pougatchev. Il a combattu pour la liberté de son peuple.

Lorsque le soulèvement s'éteignit, Ichkar fit preuve de sagesse : il se présenta de lui-même devant les généraux, sut protéger sa famille et conserva ces terres. En 1795, le village tout entier ne comptait que 10 maisons, et seuls nos parents y vivaient ! Le nom « Mindiarov », que porte la famille de ma mère, vient du nom de l'arrière-arrière-arrière-petit-fils du colonel — Mindiar. Notre lignée est solide et traverse les siècles : d'Ichkar à Koulmet, puis à son arrière-arrière-petit-fils Mindiar et, enfin, au fils de Mindiar — mon grand-père Gylymnour.

Mon grand-père Guilemnour et ma grand-mère Mavtoukha (son nom se traduit joliment par « âme ouverte ») étaient des êtres remarquables. Ils étaient des éducateurs — ils apportaient aux gens l'instruction, la culture et la bonté. En cette année difficile de 1938 commencèrent les persécutions, et mon grand-père dut quitter sa Bachkirie natale pour la lointaine Samarcande. Mais le plus important : dans son cœur, il apporta sur cette nouvelle terre non pas la méchanceté ou la rancœur, mais l'esprit de création, l'amour du travail et un immense savoir.

Votre arrière-grand-mère Anfissa a étudié dans cette même école bachkire d'Ichkarovo et l'a terminée en 1947. Jusqu'à la fin de 2025, sa cousine — grand-mère Ilguiza (1936–2025) — vivait dans le village voisin de Gremoutchi Klioutch. Souvenez-vous de vos racines, soyez fiers de vos ancêtres et soyez des bâtisseurs, comme ils l'ont été.

My family tree

Where faith, will and science meet: the chronicle of our family

The united genealogical chart (shezhere)

Paternal line (Khojas)
Hazrat Ali ibn Abi Talib
Muhammad ibn al-Hanafiyya
Generations of missionaries
Imam Ishaq Khoja (Ishaq Bab)
Khojas of the Karakul oasis
Ikrom Khoja
Usman Khoja 1880s – 1924
Brothers of Iso Khoja and their children
Malik Khoja 1900–1970
Mayram
Ramazon, Akhtam
Mastura
Mukhammad, Bakhodir, Lola, Dilmurod
Mabub
Odil, Olim, Ilkhom, Dildora
Bakhshillo
Khasan, Khusan, Takhir
Kambar Khoja
Sadulla
Robiya
Rokiya
Gulamdon, Azamat, Dzhamilya, Yashin, Lochin
Roziya
Kamol
Otabek
Guzal, Amirbek, Asilbek
Sanobar, Feruza
Sherali
Munisa, Rakhmatullo, Kamolzhon, Robiya
Mukhtor Khoja
Ozod
Rajab Khoja
Sharof Khoja
Shakhzoda
Lutfullo
Umid, Laziz
Bobojon, Shavkat
Zikrillo Khoja
Muborak
Ibrahim
Bakhodir Zhuraev
Makhmud
Lukmon Khoja
Khidoyat
Maternal line (Ishkarovs, Mindiyarovs)
Ishkar Arslanov nobleman of Bashkiria, founder of Ishkarovo; volost elder in 1783, aged over 80
Kulmet Ishkarin c. 1720 – 1800 ancestor of the Mukhametrakhimovs, Sharipovs, Mindiyarovs and other branches
Kulmet’s children
Mukhamedrakhim
Mukhamedsharif
MukhamedSadyk
Amir
Mukhametamin Amirov c. 1787 ukaz-appointed azanchi (muezzin)
Valiakhmet Mukhametaminev c. 1817 ukaz-appointed imam of the cathedral mosque
Mindiyar Valiakhmetov 1850 — ukaz-appointed azanchi; the Mindiyarov surname comes from him
Ilmnur’s brothers
Safuan
Lutfulla
Sharifulla
Khairulla
Mukhamednur
Ilgiza (1936–2025)
Ilmnur (Gylymnur) Mindiyarov 1888 — 1974 wife — Mavtukha, of the Sultanov family
Iso Khoja 1922 — 2013
Anfisa Gilemnurova 17.12.1933 — 21.12.1998
Rustamzhon Usmanov

Brothers and sisters: Uktam, Erkin, Tulkin, Gulchehra, Gulsara, Gulbakhor

Gayrat
Madina
Alisher
Nilufar
Nargis
Muattar
Mukhayyo
Amirshah
Yasmina

I. The paternal wing: the history and fates of the Usman Khoja brothers

On the paternal side the family traces its descent to the noble Banu Hashim clan of the Quraysh tribe — to Hazrat Ali ibn Abi Talib himself, the fourth Rightly Guided Caliph and son-in-law of the Prophet Muhammad. In Central Asia the descendants of this branch are traditionally honoured as members of the Khoja estate (khojalar).

  • Imam Ishaq Khoja (Ishaq Bab): A direct descendant of Hazrat Ali and an outstanding missionary. His line of succession laid the stronghold of literacy and enlightenment in the Karakul oasis of the Emirate of Bukhara.
  • Ikrom Khoja: A venerable keeper of the family’s traditions in Karakul at the turn of the 19th and 20th centuries.
  • Grandfather — Usman Khoja, son of Ikrom Khoja (1880s – 1924): A man of legendary will. At the age of 16 he walked from Karakul to Karmana completely barefoot, promising to achieve everything by his own mind. He became the largest landowner (400 tanobs of land) and a patron — he gave work to dozens of people and had them educated free of charge. In 1924 he was brutally killed by basmachi while defending his home (its inner and outer courtyards, ichki and tashqi hovli) and refusing to hand over his horses and gold.

The fates of Usman Khoja’s children (the brothers of Iso Khoja):

The tragedy of 1924 left the large family without its head, yet Usman Khoja’s sons (Malik, Kambar, Rajab) showed unity and courage and preserved the family through the hardest years of Soviet repressions and collectivization:

  1. Malik Khoja (1900–1970): The eldest son. His children: Mayram, Mastura, Mabub, Bakhshillo. Mayram’s children: Ramazon and Akhtam; Mastura’s children: Mukhammad, Bakhodir, Lola and Dilmurod; Mabub’s children: Odil, Olim, Ilkhom and Dildora; Bakhshillo’s children: Khasan, Khusan and Takhir.
  2. Kambar Khoja: Named after the loyal companion of Hazrat Ali. His children: Sadulla and Robiya. Robiya’s children: Rokiya (her children are Gulamdon, Azamat, Dzhamilya, Yashin and Lochin), Roziya and Kamol. Kamol’s children: Otabek, Sanobar, Feruza and Sherali; Otabek’s children: Guzal, Amirbek and Asilbek; Sherali’s children: Munisa, Rakhmatullo, Kamolzhon and Robiya.
  3. Mukhtor Khoja: A worthy member of the family. His son: Ozod.
  4. Rajab Khoja: He left behind a large, far-reaching branch. His son is Sharof Khoja (the father of Shakhzoda and Lutfullo; Lutfullo’s children are Umid and Laziz). His other sons: Bobojon and Shavkat.
  5. Zikrillo Khoja: His name, which carries the deep Sufi tradition of the remembrance of God, became an important part of the brothers’ shared spiritual core. His daughter: Muborak; her children are Ibrahim (whose son is Bakhodir Zhuraev) and Makhmud.
  6. Lukmon Khoja (an adopted son who became one of their own): The son of a destitute widow whom Usman Khoja took into his care, saving her from poverty. Grandfather erased the difference between born and adopted children: he gave Lukmon the status of a khoja and raised him on an equal footing with everyone. His worthy son: Khidoyat (“the Right Path”).
  7. Father — Iso Khoja (Iso Usmanov) (1922 – 2013): The youngest son of Usman Khoja (by his fourth wife). He went through the hell of the Great Patriotic War on the front line of the 1st Ukrainian Front. Gravely wounded, he was saved and nursed back to health in a potato pit by a Ukrainian woman, Grandma Nadezhda, who risked the lives of her own family. He passed away at the age of 91, leaving his sons the precept of the “golden mean”: rejecting the party fanaticism of the CPSU and religious radicalism in favour of freedom of the mind.

II. The maternal wing: the “Light of Knowledge” of Ilmnur Mindiyarov

The maternal line brought into the family refined intellectual erudition and academic steadfastness.

  • Founder of the line — Ishkar Arslanov: A nobleman of Bashkiria and the founder of the village of Ishkarovo. According to the 4th revision of 1782 and the 5th revision of 1795 (tax censuses of the Russian Empire), during Pugachev’s Rebellion of 1773–1775 he was already about 73–75 years old, and in 1783, at over 80, he was still a serving volost starshina (district elder). A volost starshina was responsible for collecting taxes, keeping order, enforcing the law and judicial functions in the territory under his authority. When I was very small, my grandfather Ilmnur and my mother told me: Ishkar is our forefather, and his name means “goddess of love”. His son was Kulmet Ishkarin (c. 1720 – 1800), from whom several branches of families well known in the district descend: the Mukhametrakhimovs, Sharipovs, Mindiyarovs and others. Kulmet’s children were Mukhamedrakhim, Mukhamedsharif, MukhamedSadyk and Amir.
  • The direct line from Kulmet to Mindiyar: Amir Kulmetov was Kulmet’s son. His son was Mukhametamin Amirov (born c. 1787), an ukaz-appointed azanchi (muezzin). His son was Valiakhmet Mukhametaminev (born c. 1817), an ukaz-appointed imam of the cathedral mosque. His son was Mindiyar Valiakhmetov.
  • Mindiyar Valiakhmetov (b. 1850): The great-great-great-grandson of Ishkar Arslanov, an ukaz-appointed azanchi. The Mindiyarov surname comes from him. His children: Safuan, Lutfulla, Sharifulla, Khairulla, Mukhamednur, Gylymnur (Ilmnur). Mukhamednur’s daughter was Ilgiza (1936–2025), my mother’s cousin.
  • Maternal grandfather — Ilmnur (Gylymnur in Bashkir) Mindiyarov (1888 – 1974): A Bashkir intellectual whose name literally translates as “Light of Knowledge”. In the tragic year of 1938, fleeing Stalin’s repressions, he left his native village of Ishkarovo in Bashkiria and resettled on Samarkand land. He had a unique intellect, an impeccable command of Arabic and was a recognised mufassir — an interpreter of the sacred meanings of the Quran — teaching people to read and write to the end of his days.
  • Maternal grandmother — Mavtukha: She came from the famous Sultanov family, whom the people often called “governors” because of their enormous power. The name Mavtukha (translated as “open”) was popular in the Bashkir community in the 18th–19th centuries.
  • Mother — Anfisa Gilemnurova (Usmanova) (17.12.1933 – 21.12.1998): She was born in the village of Ishkarovo (Bashkiria) into a well-known Bashkir family and completed 8 grades of the Bashkir school. A woman of exceptional inner culture who lovingly passed on to her children a love of books and respect for work and fundamental knowledge.

III. The present and the future: the scientific dynasty of Rustamzhon Usmanov

All the qualities of the great ancestors — the creative spirit of Usman Khoja, the wise “middle path” of Iso Khoja and the “Light of Knowledge” of grandfather Ilmnur — were fully embodied in the eldest son, Rustamzhon Usmanov. A graduate of Moscow State University, a distinguished scientist in applied mathematics and mechanics and laureate of the State Prize of the Republic of Uzbekistan of the first degree, he has devoted his life to leading people out of ignorance towards the light of science. Symbolically, he dedicated the name of his scientific brand, IlmNur, directly to the memory of his beloved grandfather Ilmnur Mindiyarov, uniting the heritage of both branches under this name.

Today this great tree continues to grow and grow stronger through the children and grandchildren of Rustamzhon Usmanov:

  • Brothers and sisters: Uktam, Erkin, Tulkin, Gulchehra, Gulsara, Gulbakhor.
  • Rustamzhon’s children: Gayrat, Nilufar, Mukhayyo.
  • Grandchildren (the fifth generation from Usman Khoja and Ilmnur Mindiyarov)
    • Gayrat’s line: Madina, ALISHER (who continues the direct male line).
    • Nilufar’s line: Nargis, Muattar.
    • Mukhayyo’s line: AMIRSHAH (who continues the male line), Yasmina.

The history of our dynasty proves it: wealth can be taken away and houses can be destroyed, but the genetic code of enlightenment, honour and knowledge laid down by great ancestors cannot be destroyed. It lives on in the future.

À travers la douleur, le silence et les humiliations : l'histoire du courage de ma mère Anfissa et de mon grand-père Ilmnur Mindiarov

L'histoire de notre famille est une plaie qui ne se referme pas, laissée par les dures années de la répression. C'est le récit de la manière dont l'impitoyable époque stalinienne a brisé des destins humains, et du prix démesuré, terrible, qu'ont dû payer ma mère, ses enfants et tous nos proches.

Tout a commencé lorsque mon grand-père, Ilmnur Mindiarov, a été victime de la répression et exilé dans le bourg de Mitan, dans la région de Samarcande.

En ces années-là, le stigmate d'« ennemi du peuple » faisait en un instant d'un homme respecté un paria et privait sa famille de tout droit et de toute protection. Dès qu'il a été frappé par la répression, un véritable enfer a commencé pour ses proches.

Ma mère a porté sur ses épaules tout le poids de cette époque inhumaine. Mais le coup le plus douloureux pour elle fut la cruauté humaine à laquelle ils se heurtèrent dans ce nouveau lieu. Empoisonnés par la propagande, aigris par la misère, certains enfants et adultes du pays déversaient leur rancœur sur ces déplacés sans défense.

J'étais alors tout petit, et je me souviens comment les enfants du voisinage se moquaient de nous et nous traitaient de « Tatars » de la façon la plus méchante et la plus humiliante. Ma mère, Anfissa Guilemnourova, se tenait à côté. Elle entendait tout.

Chaque parole méchante lancée à ses petits enfants la blessait en plein cœur. Mais elle ne pouvait pas crier en retour, elle ne pouvait pas nous défendre ouvertement dans ce bourg étranger et hostile. Elle se taisait. Toute cette amertume brûlante, cette injustice et cette peur pour notre avenir, elle les gardait docilement en elle, sans en dire un mot à personne, pour ne pas ajouter malheur au malheur.

Ce silence de longues années, qui déchirait l'âme, n'a pas été sans conséquences. Le chagrin refoulé et le sentiment d'être sans défense ont miné sa santé. Pour finir, l'organisme de ma mère n'a pas résisté à ce stress colossal : elle est tombée gravement malade d'une maladie incurable, la maladie de Werlhof. Son sang, son corps pleuraient littéralement les larmes qu'elle n'avait pas versées et l'injustice subie à Mitan.

On s'en était pris à sa famille, à ses enfants, simplement parce qu'ils étaient des colons spéciaux, et ce traumatisme est resté en nous pour toujours. Mais, même en s'éteignant de sa maladie, ma mère ne s'est pas brisée. Elle a gardé en elle son humanité, sa dignité et un amour sans bornes. Elle a sacrifié sa santé et sa vie, en prenant tout le coup sur elle, pour nous préserver. Ce texte est un hommage à la mémoire de mon grand-père Ilmnur Mindiarov, de ma chère mère et de tous nos proches. Leurs souffrances ne doivent pas être oubliées. Nous nous souvenons de leur douleur, nous nous inclinons devant l'exploit sacré et silencieux de ma mère, et ce souvenir restera avec nous pour toujours.

L'histoire d'un sauvetage

À la mémoire de mon père — Isso Ousmanov, combattant de la Grande Guerre patriotique, et de celle qui lui sauva la vie, Grand-mère Nadia

Isso Ousmanov — combattant du 1er front d'Ukraine
Isso Ousmanov — combattant du 1er front d'Ukraine
Médaille commémorative « 60 ans de la libération de l'Ukraine des envahisseurs fascistes » (1944–2004)
Médaille commémorative « 60 ans de la libération de l'Ukraine des envahisseurs fascistes » (1944–2004)

Chaque famille qui a traversé la Grande Guerre patriotique a sa propre mémoire. Mais dans notre famille, cette mémoire est singulière : elle est tissée des larmes amères de la perte, d'un courage inouï et d'une immense miséricorde maternelle, qui s'est révélée plus forte que la guerre et que la haine entre les peuples.

Pendant les terribles années de guerre, notre famille a subi une perte irréparable. Trois frères de mon père ont été sauvagement assassinés par les partisans de Bandera. Cela s'est produit au cours de la période la plus sanglante et la plus cruelle de l'affrontement — en 1944–1945. Pour notre famille, cette tragédie est restée une blessure jamais refermée. Mais au même moment, sur cette même terre ukrainienne brûlée par la guerre, un véritable miracle se produisit. Mon père survécut. Et il survécut grâce à celle dont nous évoquons encore le souvenir avec émotion et des larmes de gratitude — une simple femme ukrainienne que l'on appelait Grand-mère Nadia (Nadejda).

Mon père, Isso Ousmanov (fils d'Ousmane, petit-fils d'Ikrom), Ouzbek de nationalité, se retrouva au cœur même de cette impitoyable guerre de partisans en Ukraine occidentale. Il combattit vaillamment en première ligne dans les rangs du légendaire 1er front d'Ukraine, sous le commandement du maréchal Ivan Stepanovitch Koniev. Au cours des combats acharnés de 1944–1945, Isso fut grièvement blessé et voué à une mort certaine.

Mais l'intrépide Grand-mère Nadia le cacha tout au bout du village. Elle dissimula le soldat ouzbek couvert de blessures dans une fosse fermée où l'on conservait d'ordinaire les pommes de terre et les provisions. Le risque était mortel : si les bandéristes ou les forces punitives avaient appris qu'elle cachait un combattant de l'Armée rouge, elle et toute sa famille auraient subi une exécution cruelle et inéluctable.

Chaque jour, au péril de sa propre vie, elle descendait dans cette fosse de terre froide, soignait les blessures du jeune Isso et le remettait sur pied en lui faisant boire du lait de chèvre tiède — le seul remède disponible en ces jours terribles. Mon père se souvenait qu'elle pleurait souvent à son chevet et disait dans sa langue maternelle : « Moi aussi, j'ai trois fils… Ils sont quelque part là-bas, eux aussi, blessés peut-être, comme toi… »

Dans son cœur de mère, il n'y avait pas de partage entre « les nôtres » et « les autres ». En sauvant le fils ouzbek d'une autre, Nadejda priait Dieu pour que quelqu'un, de la même manière, sauve et épargne ses propres enfants. Hélas, la guerre fut impitoyable envers sa famille éprouvée par la douleur : deux de ses fils périrent au front, et le troisième revint, mais la santé ruinée, et mourut presque aussitôt après la guerre. Mon père, Isso Ousmanov, devint pour elle ce fils qu'elle avait réussi à arracher aux griffes de la mort.

Dans cette fosse, au fil des longues journées passées à converser avec celle qui l'avait sauvé, mon père ne se contentait pas de l'écouter — il s'imprégnait de tout son cœur de sa langue. Ouzbek de nationalité, parlant parfaitement le russe, il apprit l'ukrainien à la perfection. Cette langue devint pour lui non seulement un moyen de communication, mais la langue de sa seconde naissance.

Des décennies passèrent. L'histoire semblait appartenir au passé, mais la mémoire de l'exploit d'une simple femme ukrainienne et du courage d'un soldat soviétique vivait dans notre famille en Ouzbékistan. La justice triompha au bout de 59 longues années.

En 2004, l'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire d'Ukraine en République d'Ouzbékistan arriva officiellement dans notre ville de Navoï. Au nom du président Léonid Koutchma, notre père, le vétéran Isso Ousmanov, se vit solennellement remettre une distinction d'État — la médaille commémorative « 60 ans de la libération de l'Ukraine des envahisseurs fascistes ».

Cette haute distinction sur la poitrine d'Isso Ousmanov devint un monument sacré à leur mémoire à tous deux. Dans le métal de cette médaille se sont fondus à jamais la vaillance du soldat du maréchal Koniev, l'immense miséricorde de Grand-mère Nadia et la mémoire éternelle de ses fils, héros tombés au combat. Cette médaille l'a confirmé : leur vérité commune et leur humanité ont vaincu l'oubli.

Le jour de la remise, il se produisit un événement qui toucha toute la mission diplomatique au plus profond de l'âme. Mon père, le vieil Ouzbek Isso Ousmanov, près de 60 ans plus tard, s'adressa à l'ambassadeur dans un ukrainien pur et irréprochable. Il n'en avait oublié ni un seul mot, ni une seule intonation. Cette langue était restée en lui comme un hommage sacré à la mémoire, comme une gratitude éternelle envers Grand-mère Nadia, qui lui avait donné la vie.

Dans nos archives familiales, nous conservons précieusement une photographie de ce jour mémorable à Navoï. Ce cliché et la médaille elle-même sont notre plus grand trésor. Ils prouvent que, même aux heures les plus sombres, l'humanité, la bonté et la fidélité l'emportent sur toute cruauté. La médaille d'un soldat qui combattit sous les ordres du maréchal Koniev et le grand exploit de Grand-mère Nadia resteront à jamais dans la mémoire de notre lignée.

Mes maîtres
Académicien Kh. A. Rakhmatouline
Académicien Kh. A. Rakhmatouline
Académicien R. I. Nigmatouline
Académicien R. I. Nigmatouline

À propos de mes maîtres.

Mes directeurs scientifiques et conseillers dans le domaine de la mécanique des fluides, des gaz et des plasmas sont des savants de renommée mondiale : Kh. A. Rakhmatouline et R. I. Nigmatouline.

Sous leur direction, j'ai réalisé ma thèse de candidat ès sciences (1987) et ma thèse de doctorat (2015). Les travaux ont été menés à la chaire de dynamique des ondes et des gaz de l'Université d'État de Moscou Lomonossov. Les recherches et la partie scientifique appliquée ont été conduites en étroite collaboration avec le Combinat minier et métallurgique de Navoï (NGMK) en Ouzbékistan.

Sous la direction de mes mentors, une base unique a été créée dans le domaine de la mécanique des milieux polyphasiques. Des formules et des méthodes numériques ont été élaborées pour décrire le comportement des liquides, des gaz et de la chaleur à l'intérieur des corps minéralisés géologiques poreux.

Les modèles fondamentaux ont permis de prévoir avec précision la dynamique de l'étalement des solutions. Cela a jeté les bases d'une technologie intégrée, hautement efficace et sûre pour l'environnement, d'extraction et de traitement de l'uranium, des métaux rares, des terres rares et des métaux précieux sur les sites du NGMK.

Les calculs mathématiques ont permis de concevoir de nouveaux procédés technologiques pour l'extraction de l'or à partir de matières premières complexes et difficiles à traiter, ainsi que de déchets technogènes.

P.-S. J'exprime une gratitude toute particulière à mes parents — ma mère bien-aimée et unique, Anfissa Guilemnourova, et mon père, Isso Ousmanov — pour leur soutien infini et leur foi en moi.

Un merci du fond du cœur à mon oncle Fanis Mindiarov et à mon cher grand-père Ilmnur Mindiarov pour leurs sages conseils, leur bienveillance et leur épaule solide à mes côtés.

Je tiens également à exprimer ma reconnaissance particulière à mes estimés professeurs de l'Université d'État de Samarcande — A. Ch. Charapov et Kh. T. Touraïev — pour le savoir transmis, leur patience et leur grand professionnalisme, qui sont devenus un repère important sur mon chemin.